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Le tabagisme reste un problème ancien et actuel, dont les conséquences dépassent largement la santé individuelle. Malgré les nombreux problèmes qu’il provoque, la sensibilisation à ses effets sur la santé, la société, les familles et l’économie demeure insuffisante, souligne le Dr Habib Jaafoura, spécialiste en oto-rhino-laryngologie (ORL).
Selon des chiffres cités de l’Organisation mondiale de la santé (OMS), les coûts liés au tabagisme en Tunisie atteignent environ 2 milliards de dinars par an. Ils comprennent notamment les dépenses de médicaments et de chirurgie, les arrêts de travail, les pertes de productivité ainsi que les conséquences pour les familles lorsqu’une personne décède à cause du tabagisme. Ces mêmes chiffres font état d’environ 14 000 décès attribuables au tabagisme en Tunisie.
Le médecin relève également une présence plus visible des fumeurs, notamment parmi les femmes et les jeunes. Il observe par ailleurs une évolution de l’image sociale du tabagisme, de plus en plus négativement perçu, notamment pour des raisons sanitaires et sociales.
Tabagisme : des signes d’alerte au niveau du nez, de la bouche, de la gorge et des cordes vocales
Avant d’atteindre les poumons, la fumée du tabac passe par le nez, la bouche, la gorge, la langue et les cordes vocales. Une exposition quotidienne aux substances toxiques contenues dans cette fumée peut entraîner différents symptômes, notamment des irritations, une mauvaise haleine, des maux de gorge et une forte odeur dans la bouche.
Le Dr Habib Jaafoura insiste sur plusieurs signes qui ne doivent pas être négligés chez les fumeurs. Une modification de la voix, en particulier lorsqu’elle persiste, peut signaler un problème touchant les cordes vocales et doit faire l’objet d’une exploration médicale. Une gêne persistante dans la gorge, notamment lorsqu’elle est ressentie d’un seul côté, constitue également un signe d’alerte. La présence de sang provenant de la gorge ou de la bouche ne doit pas non plus être sous-estimée.
De même, toute lésion ou anomalie dans la bouche ou sur la langue mérite une attention particulière, surtout si elle persiste. Le médecin souligne qu’il ne faut pas considérer automatiquement ces symptômes comme insignifiants, même chez les personnes jeunes.
Le critère important est la persistance des symptômes. Lorsqu’un problème qui semble temporaire se prolonge pendant plusieurs semaines, il convient de consulter un médecin plutôt que d’attendre qu’il disparaisse spontanément. Une consultation ne signifie pas nécessairement qu’il existe une maladie grave, mais elle permet d’en identifier la cause et, si nécessaire, de la traiter.
Arrêter de fumer : le corps peut progressivement récupérer
Le Dr Habib Jaafoura rappelle que l’arrêt du tabac permet au corps de récupérer. Au fil du temps, les risques de maladies et d’événements cardiovasculaires diminuent, tandis que l’organisme retrouve progressivement ses capacités de récupération.
Il souligne qu’il ne faut pas considérer l’arrêt comme inutile au motif que les dommages seraient déjà causés. Même après avoir fumé pendant une période prolongée, arrêter donne au corps une possibilité de récupération. Il reste donc toujours possible d’agir sur sa santé en cessant de fumer.
Combustion et alternatives : une différence à prendre en compte
Concernant les cigarettes électroniques et les produits du tabac chauffé, le Dr Habib Jaafoura souligne l’importance de distinguer ces différentes catégories de produits.
Avec les cigarettes conventionnelles, le tabac est brûlé. Cette combustion produit des substances toxiques et cancérigènes. Les températures élevées génèrent de nombreuses substances nocives. Lorsque la combustion est évitée, les niveaux de certaines substances nocives et cancérigènes peuvent être plus faibles.
Cette différence constitue l’un des éléments ayant conduit certains pays à envisager ou à rendre disponibles des alternatives aux cigarettes conventionnelles dans le cadre de différentes approches du tabagisme.
Le médecin cite notamment le Japon, où les produits du tabac chauffé sont disponibles, tandis que les cigarettes électroniques font l’objet d’une approche différente. Il évoque également la Nouvelle-Zélande, où les cigarettes électroniques ont été mises à disposition des fumeurs adultes. À partir de 2017, elles ont été promues auprès des fumeurs dans le cadre d’une démarche visant à réduire le nombre de fumeurs, sur la base de résultats jugés encourageants à l’époque.
Ces exemples illustrent les différentes approches adoptées par les pays concernant les alternatives aux cigarettes conventionnelles.
Des données à long terme encore en développement
Le Dr Habib Jaafoura souligne toutefois que les cigarettes électroniques et les produits du tabac chauffé sont disponibles depuis moins longtemps que les cigarettes conventionnelles. Les données à long terme concernant leurs effets sur la santé ne sont donc pas encore aussi nombreuses.
Il rappelle que ces questions doivent être étudiées avec attention. En tant que médecins, précise-t-il, l’objectif n’est pas d’encourager le tabagisme ou l’utilisation de produits du tabac. L’étude des différences entre les produits et de leurs effets ne doit pas être interprétée comme une incitation à commencer à fumer.
La prévention des jeunes reste une priorité
Dr Habib Jaafoura insiste enfin sur l’importance de la vigilance des parents face à l’utilisation des cigarettes électroniques et des autres produits par les jeunes.
La priorité est d’empêcher les jeunes qui ne fument pas de devenir consommateurs de nicotine ou de produits du tabac. La discussion sur les alternatives doit ainsi rester centrée sur les différences entre les produits et leur éventuelle place dans les approches destinées aux fumeurs, sans encourager les non-fumeurs à commencer à consommer ces produits.