GTNF 2021 : La science peut-elle être au service de la politique ?

01/10/2021   Communiqués de presse   1013   med.tn

GTNF 2021 : La science peut-elle être au service de la politique ?

Les 22 et 23 septembre 2021 a eu lieu le premier événement Hybride du Global Tobacco & Nicotine Forum (GTNF) - Forum mondial sur le tabac et la nicotine.


Des spécialistes internationaux de la santé publique, des scientifiques, des médecins et des experts de la lutte antitabac se sont réunis en ligne et en présentiel à l'occasion de ce forum.

Le sommet s’est déroulé en plusieurs sessions sur 2 jours avec une opportunité de questions-réponses en direct avec le panel.

Pour cet article, Med.tn s’est concentré sur le panel #4 qui avait pour thème « La science au service de la politique », et a pris place le mercredi 22 septembre. 

La séance était modérée par le Président des Diplomates de la Santé, Delon Human, et regroupait un panel multinational, multisectoriel et extrêmement expérimenté. Le panel incluait en présentiel Gizelle Baker, Vice-présidente de l'engagement scientifique mondial chez PMI  – Philip Morris International et Dr. David O'Reilly, Directeur de la recherche scientifique chez BAT – British American Tobacco. Étaient présents en visio-conférence Dr. Karl Fagerstrom, Président de Fagerstrom Consulting ; Dr Qingyuan Hu, Directeur général du Centre national chinois de contrôle et de test de la qualité du tabac et M. Brad Rodu, Professeur de médecine à l'Université de Louisville.

Les cinq membres du panel cumulent, à eux réunis, près de 200 ans d'expérience dans la recherche sur la réduction des dommages causés par le tabagisme.

Les frustrations autour des réglementations

Delon Human, a ouvert la session en parlant des 3 frustrations majeures concernant la réglementation des produits alternatifs à risque réduit. 

La première frustration étant qu'au lieu d'une science fondée sur des preuves ou une politique fondée sur des preuves, nous menons une guerre contre la recherche de preuves de partialité politique. Il y a un consensus absolu sur le fait que la politique fondée sur des preuves est la voie à suivre.

Deuxièmement, le rythme de la réglementation est lent. « Nous avons vécu 18 mois de covid, et nous avons vu que la science et la politique peuvent être accélérées. En un an et demi, nous avons mis en place toutes les politiques nécessaires pour faciliter l'utilisation des vaccins. Et pourquoi les vaccins ont-ils été mis en place ? Pour prévenir les maladies et sauver des vies. N'est-ce pas le dicton que nous utilisons depuis le début pour la réduction des méfaits du tabagisme? », a cité Delon Human. 

La troisième frustration est celle concernant le manque de sophistication de la science de la réglementation et des principes de réglementation qui devraient être en place.


La désinformation en matière de santé


Giselle Baker a axé sa présentation sur la désinformation en matière de santé.

La désinformation en matière de santé étant "toute affirmation de fait relative à la santé qui est fausse sur la base du consensus scientifique actuel - manifestement fausse".


De nombreux autres types d'informations posent un défi pour la communication en matière de santé, notamment les résultats contradictoires ou conflictuels, les preuves changeantes et les informations impliquant un degré élevé d'incertitude.


« Nous vivons dans une ère numérique ; nous avons toutes les informations au bout des doigts. Il est très difficile de faire la différence entre ce qui est réellement scientifique et ce qui est une opinion. Si nous voulons que la science guide les politiques, nous devons vraiment nous attaquer à la désinformation », a affirmé Mme Baker.


Philip Morris International (PMI) a mené plusieurs études sur la désinformation. L'étude multinationale la plus récente est l’étude Povaddo (2021), et s'intéresse à la manière dont la désinformation conduit à l'incompréhension. L'étude a été menée sur plus de 29 000 personnes venant de pays différents. La conclusion qui en a été tirée était que la désinformation conduisait à une mauvaise compréhension des risques. 


Environ 45 % des personnes interrogées pensent que les produits sans fumée sont plus ou aussi nocifs que les cigarettes. 59 % de ces personnes ne comprennent pas les causes des maladies liées au tabagisme, elles sont incapables d'identifier la cause principale des maladies liées au tabagisme. 48% ne savaient pas que la nicotine, bien qu'elle crée une dépendance et ne soit pas sans risque, n'est pas la cause première des maladies liées au tabagisme. 91% des fumeurs qui sont passés aux produits sans fumée ont indiqué que des informations précises sur les meilleures alternatives et sur la façon dont elles diffèrent des cigarettes ont été un facteur important dans leur décision de passer aux produits sans fumée. 33 % des fumeurs n'ont pas envisagé de passer aux produits sans fumée en raison du manque d'informations scientifiques sur ces produits. 63 % des fumeurs exclusifs seraient plus enclins à passer aux produits sans fumée s'ils disposaient d'informations claires sur les produits, sur la différence entre ces derniers et les cigarettes et sur les données scientifiques qui sous-tendent ces produits. 79 % des répondants à l'enquête conviennent que les fumeurs adultes devraient avoir accès à des alternatives sans fumée et disposer d'informations précises à leur sujet. 


D’après Gizelle Baker, "cette étude montre que nous devons fournir des informations correctes et que nous n'allons pas lutter contre le tabagisme en multipliant les études et en ajoutant à la confusion. Mais nous devons mettre l'information entre les mains des fumeurs, d'une manière compréhensible et convaincante, afin qu'ils puissent prendre des décisions en connaissance de cause."


Le tabagisme est-il en train de disparaître dans les "pays du snus" et que pourrait-il en résulter ? 


Selon les résultats du dernier EuroBaromètre 506, la Suède a réduit le nombre de ses fumeurs actuels à moins de 5%. De même, si l'on considère le nombre de fumeurs de tabac âgés de 15 à 24 ans en Suède (3%) et en Norvège (2%), le tabagisme est presque en voie de disparition. 

Le Dr Karl Fagerstrom a présenté un graphique où l'on peut clairement voir que les ventes de snus et de sachets de nicotine augmentent alors que les ventes de cigarettes diminuent. 


La Suède est l'un des meilleurs exemples où nous pouvons tester l'affirmation selon laquelle la science est le moteur de la politique. En effet, les résultats positifs observés en Suède ont eu un impact sur les politiques de l’Union Européenne.


La science peut-elle favoriser la politique de réglementation du tabac ? 


Le Dr Qingyuan Hu a présenté un bref examen du développement et de la réglementation de la science du tabac. Il s’est basé sur la convention-cadre de l'OMS pour la lutte antitabac qui est déterminée à promouvoir des mesures de lutte antitabac fondées sur des considérations scientifiques, techniques et économiques actuelles et pertinentes. 


Les découvertes scientifiques ont incité les gens à reconnaître la relation entre le tabac et les effets sur la santé. En conséquence, la mise en œuvre de la politique de lutte antitabac a également favorisé l'innovation continue dans le domaine des sciences et des technologies. 


D’après Dr Hu, "L'industrie du tabac s'oppose souvent à la publication des résultats de la recherche. Dans la période de changement continu, beaucoup de ressources sont nécessaires, et l'industrie du tabac doit investir dans la recherche scientifique, notamment sur les mesures des caractéristiques des produits. "


Les progrès scientifiques et technologiques de la recherche sur le tabac ont favorisé la politique de réglementation du tabac. La période actuelle est une étape très critique, en raison de l'émergence continue de nouveaux produits de tabac et de l'application de méthodes d'évaluation des risques.

Par ailleurs, de nombreuses lacunes doivent être comblées, notamment en ce qui concerne l'évaluation des risques de divers produits. L'ouverture et le partage des technologies peuvent aider à comprendre les politiques et à accélérer la mise en œuvre de la lutte antitabac. Il existe également un manque de cohérence dans la politique réglementaire relative à la nicotine, aux nouveaux produits du tabac et à la réduction des dommages causés par le tabac au sein des principales autorités réglementaires ; de nombreuses questions importantes en matière de lutte antitabac n'ont pas encore fait l'objet d'un consensus.


Quelle politique faudrait-il mettre en place ? 


La réduction des méfaits du tabagisme est l'une des politiques de santé publique les plus importantes aujourd'hui. Elle peut avoir un impact réel et mesurable sur la santé en offrant aux fumeurs qui continueraient à fumer des produits alternatifs à risque réduit par rapport aux cigarettes. D’après le Dr. David O’Reilly, "nous ne devons pas avoir de politiques basées sur une science unilatérale". 


Bien que la nicotine ne soit pas sans risque et qu'elle crée une dépendance, la majorité des dommages causés par les cigarettes sont dus aux substances toxiques issues de la combustion. Les politiques doivent le reconnaître et le refléter dans les réglementations. Elles doivent établir une distinction claire entre les cigarettes combustibles et les produits non combustibles qui contiennent de la nicotine. Sans une plus grande clarté et une différenciation de la nicotine reposant sur des preuves scientifiques solides, nous aurons plus de mal que nécessaire à réaliser son plein potentiel. Le professeur Brad Rodu croit qu’avec les bonnes politiques mises en place, nous pouvons réussir à avoir un monde sans tabac.


Pour que la réduction des risques soit efficace, il faut que les fumeurs adultes aient accès à de meilleures alternatives aux cigarettes et qu'ils soient informés à ce sujet, afin que les fumeurs puissent changer de mode de consommation. Pour réussir la réduction des risques, il faut que les fumeurs adultes aient accès à l'information et au produit lui-même et qu'ils en soient conscients afin de passer à ces produits.


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