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Dr Aymen Skander, pharmacien officinal, répond aux questions fréquentes posées au pharmacien durant la crise du COVID19.

19/04/2020   Actualités   1969   Dr Aymen Skander



Med.tn : Comment s’organise la Pharmacie durant le confinement ?


AS : Les pharmacies se sont très vite réorganisées pour faire face à la crise et à la mise en place du confinement et du couvre-feu ; ainsi les pharmacies de jour sont ouvertes de 8h30 à 15h-16h et les pharmacies de nuit les relayent de 14h-15h jusqu’à 8h30 le lendemain. Les pharmacies de garde sont ouvertes le dimanche et les jours fériés de 8h30 à 16h.

Avec ces horaires exceptionnels, chaque citoyen est en mesure de trouver une pharmacie ouverte 7 jours sur 7 et 24h sur 24.

Il est possible également de trouver la pharmacie la plus proche en se connectant sur le site med.tn et d’y trouver les coordonnées des pharmacies.

Les pharmacies ont également mis en place des mesures de préventions pour protéger les patients mais également les équipes officinales exposées au premier plan à un risque éventuel de contamination.

 

Med.tn : Quelles dispositions sont à prendre lorsque l’on se rend dans une pharmacie ?


AS : Durant cette période, il est recommandé de se rendre à la pharmacie avec le maximum de précautions, d’éviter d’y aller soit même pour les personnes âgées et d’écourter le temps passé dans la pharmacie. Si un patient présente les symptômes du COVID19 (toux, fièvre…), il convient d’en informer l’équipe officinale pour qu’une prise en charge particulière soit mise en place.

Le respect des gestes barrières, une distanciation d’un mètre entre chaque patient, l’usage de gel hydroalcoolique et le port de masque sont vivement recommandés.

Med.tn : Quelles informations utiles peut-on donner aux patients suivants des traitements chroniques ?


AS : Les patients suivants des traitements chroniques sont à prendre en considération de façon particulière dans la mesure où certains d’entre eux trouvent des difficultés pour renouveler leurs ordonnances médicales. Nous sommes dans l’attente d’un projet de loi (entrepris en collaboration avec les conseils de l’ordre des médecins et des pharmaciens) pour réglementer l’ordonnance électronique qui nous permettra de renouveler les traitements des patients dans un cadre légal clair.

Nous veillons également à expliquer clairement aux patients les précautions d’emploi des médicaments de traitements chroniques tout en prévenant nos patients d’éviter toute autre automédication.

 

Med.tn : Et pour les patients affiliés à la CNAM ?


AS : La bonne nouvelle durant cette période de crise a sans doute été la reconduction de la convention sectorielle des pharmaciens d’officine de la CNAM jusqu’au 31 décembre 2020. Un avenant à cette convention a été signé au courant du mois de mars entre la CNAM et le Syndicat des Pharmaciens d’Officine Tunisiens (SPOT).

Globalement, peu de changement ont été annoncé hormis le renouvellement tacite jusqu’au 30 Avril 2020 des carnet de soins expirant au 31 décembre 2019 et la restriction des prescriptions des ordonnances APCI à 1 mois de traitement.

Med.tn : Pour revenir à l’automédication qui s’est certainement accentué durant cette période, quelles recommandations donnez-vous à vos patients ?


AS : Nous savons tous que le médicament n’est pas un produit comme les autres, et qu’il doit être utilisé avec le maximum de précautions.

Bien évidemment, certains médicaments non listés peuvent être dispenser sans ordonnance tel que les antalgiques, les antipyrétiques, les pansements gastriques, les anti-diarrhéiques etc… mais la vigilance est de mise même pour l’utilisation de ces médicaments.

Nous recommandons également à nos patients d’éviter tout autre forme d’automédication comme les antibiotiques qui doivent être dispenser uniquement sur ordonnance médicale pour prévenir les résistances et éviter les accidents allergiques.

De nombreux patients se sont rapidement rués vers les pharmacies pour demander du Plaquenil, un des traitements préconisés contre le corona virus ; là encore, nous limitons la dispensation suite à la décision de la Direction de la Pharmacie et du Médicament (DPM) pour restreindre la prescription de ce médicament à certaines spécialités médicales.

D’autres médicaments sont également à éviter durant cette crise tel que les anti-inflammatoires non stéroïdiens (AINS), les corticoïdes qui peuvent selon plusieurs experts, aggraver la symptomatologie du COVID19.

 

Med.tn : Quelle est votre avis sur l’hydroxy-chloroquine et le protocole proposé par Pr Raoult en France ?


AS : Le professeur Raoult est un très grand virologue marseillais qui propose un traitement basé sur une bithérapie hydroxy-chloroquine / Azithromycine. C’était une excellente idée de se tourner vers deux molécules issues de la pharmacopée française que nous connaissons très bien.

L’hydroxy-chloroquine a en effet démontré une action antivirale in vitro et l’azithromycine est un antibiotique très efficace notamment dans les affections pulmonaires.

Toutefois, l’efficacité de ce traitement n’a pas été démontré dans une étude scientifique randomisée versus placebo. C’est la raison pour laquelle, je ne suis pas d’accord aujourd’hui pour dire que la chloroquine est efficace d’autant plus que nous sommes face à une molécule à marge thérapeutique étroite et que l’efficacité de ce protocole est dose-dépendante.

Pour finir, je préfère me référer à l’étude européenne Discovery qui évalue l’efficacité de plusieurs antiviraux mais aussi de la chloroquine, qui rappelons-le est un antipaludéen.

 

Med.tn : Quelle attitude adoptez-vous au comptoir pour gérer les troubles psychologiques de vos patients tel que l’anxiété ou le manque de sommeil qui peuvent être fréquent durant cette période ?


AS : En effet, durant cette période, de nombreux patients se plaignent d’anxiété ou de troubles du sommeil. Dans ces circonstances, nous nous orientons préalablement vers les compléments alimentaires à base de magnésium ou de mélatonine.

Nous recommandons également d’autres compléments alimentaires comme les multi-vitamines, la propolis ou les complexes à base de zinc pour le renfort de l’immunité.

Si les troubles de l’anxiété perdurent ou s’intensifient, nous encourageons nos patients à avoir un avis médical.

 

Med.tn : Quelles recommandations pouvez-vous nous donner sur l’usage de gels hydroalcooliques ?


AS : Le gel hydroalcoolique est l’un des premiers geste barrière à utiliser et à recommander pour nos patients. En effet, nous recommandons l’usage du gel surtout en ambulatoire pour se nettoyer les mains et éviter l’adhérence du virus sur les mains et toute éventuelle contamination.

Le gel, selon les recommandations de l’OMS, doit avoir une teneur en éthanol comprise entre 60 et 70% et cette mention doit figurer sur le conditionnement.

Concernant le prix, le prix du flacon de 100 ml a été plafonné par le ministère du Commerce à 3.300 dinars.

Une présélection de fournisseurs a été faite pour nous assurer de la qualité des produits que l’on dispense dans nos pharmacies.

 

Med.tn : Quelles sont vos recommandations pour l’usage des masques de protection ?


AS : Les masques suscitent depuis plusieurs semaines plusieurs polémiques aussi bien en Tunisie que partout dans le monde.

L’usage du masque est vivement recommandé pour éviter d’être contaminé mais également de contaminer potentiellement d’autres personnes.

Trois types de masques se distinguent :

- Le fameux masque FFP2 qui protège aussi bien les contaminants entrants que sortants qui sont certes plus chers (environ 12 dinars/pièce) mais aussi très peu disponibles.

- Les masques chirurgicaux communément appelée bavettes qui protège les contaminants sortants ; il présente un intérêt si on se retrouve face à sujet susceptible d’être COVID positif.

- Enfin les masques en tissu lavables et réutilisables pour lesquels les études sont en cours et un cahier de charges strict a été édité.

Globalement, les pharmaciens font confiance aux autorités de tutelles qui sont habilités à recommander les masques que l’on distribue dans nos officines.

Les pharmaciens, pour leur part, s’assureront de donner les recommandations d’usage à leur patient tout en leur rappelant que le port du masque ne constitue qu’un geste barrière supplémentaire qui ne dispensent pas les autres gestes de protection précédemment cités.

 

 

 


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