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À l’occasion de la première édition des Roche Health Dialogue Series, organisée le 7 octobre 2026 à Tunis, des spécialistes ont échangé sur les enjeux du cancer du sein en Tunisie et les moyens d’améliorer le parcours des patientes. Dépistage précoce, accès à l’expertise médicale, coordination des soins et accompagnement associatif : autant de leviers essentiels pour favoriser une prise en charge adaptée, au-delà du seul traitement médical.
Organisée dans le cadre d’Octobre Rose, cette première édition des Roche Health Dialogue Series – Breast Cancer Awareness a réuni des experts et des journalistes autour d’une table ronde consacrée au « Cancer du sein en Tunisie : renforcement du parcours patient ».
Les échanges ont réuni la Pr Henda Raies, cheffe du service d’oncologie médicale à l’Institut Salah Azaïez, la Pr Habiba Mizouni, cheffe du service de radiologie à l’Hôpital La Rabta, et le Pr Jamel Daoud, professeur en radiothérapie au CHU Habib Bourguiba de Sfax et représentant de l’association Dar Al Amal.
Un constat partagé s’est dégagé des discussions : améliorer la prise en charge du cancer du sein suppose d’agir à chaque étape, depuis la prévention et le dépistage jusqu’à l’accès aux traitements et au soutien apporté aux patientes.
La prévention et le dépistage précoce, premières étapes du parcours
La prévention constitue un levier important dans la lutte contre le cancer du sein. Pr Raies a notamment rappelé plusieurs facteurs de risque liés aux modes de vie, dont la sédentarité, le tabagisme et une alimentation riche en produits ultra-transformés.
L’information et la sensibilisation jouent également un rôle déterminant pour encourager les femmes à consulter et à réaliser les examens adaptés à leur situation. La peur du résultat, le manque de temps ou la méconnaissance des démarches peuvent en effet retarder une consultation.
Or, lorsqu’un cancer du sein est détecté à un stade précoce, les possibilités de traitement et les chances de guérison sont généralement meilleures. Les spécialistes soulignent ainsi l’importance de ne pas laisser l’appréhension devenir un obstacle au dépistage. Une anomalie mammaire ne signifie pas nécessairement qu’il s’agit d’un cancer : seul un bilan médical adapté permet d’en déterminer la nature.
Le numérique pour rapprocher l’expertise médicale des patientes
L’accès à l’expertise médicale reste un enjeu important, notamment pour les patientes vivant loin des centres spécialisés. La téléradiologie peut contribuer à réduire certaines contraintes géographiques en permettant l’interprétation des examens à distance, sans nécessiter systématiquement la présence d’un radiologue sur place.
Selon Pr Mizouni, une expérience menée à Tozeur illustre cette possibilité. Depuis le 1er octobre 2025, les besoins des hôpitaux de la région en matière de téléradiologie pour cette première étape de l’imagerie sont pris en charge à 100 %. L’objectif est de déployer progressivement ce dispositif dans d’autres établissements afin d’élargir l’accès à une expertise spécialisée, quel que soit le lieu de résidence des patientes.
L’intelligence artificielle peut également contribuer à l’analyse des images médicales. Pour Pr Mizouni, elle constitue un outil efficace lorsqu’elle est utilisée par des professionnels expérimentés : elle ne remplace pas l’humain, mais renforce ses capacités.
Ces technologies ne suffisent toutefois pas, à elles seules, à garantir un parcours fluide. Elles doivent s’inscrire dans une organisation coordonnée, capable d’assurer la continuité entre les examens, le diagnostic et les décisions thérapeutiques.
Entre diagnostic et traitement, le temps est décisif
Lorsqu’une mammographie révèle une anomalie, des examens complémentaires, une biopsie et une analyse anatomopathologique peuvent être nécessaires pour établir un diagnostic. Selon les résultats, la prise en charge peut ensuite inclure une chirurgie, une chimiothérapie ou une radiothérapie.
« Quand il s’agit de cancer, la chose la plus importante est le temps », a rappelé Pr Mizouni. L’enjeu est d’éviter les ruptures et les retards injustifiés entre les différentes étapes du parcours, grâce à une coordination étroite entre les professionnels de santé.
La prise en charge du cancer du sein mobilise en effet plusieurs spécialités médicales, dont les interventions doivent être complémentaires. Les décisions thérapeutiques nécessitent une approche multidisciplinaire permettant d’adapter les soins aux caractéristiques de la maladie et à la situation de chaque patiente.
Le dossier médical informatisé et les outils numériques peuvent faciliter la circulation de l’information entre les intervenants. Le portail Sahatouna s’inscrit dans cette logique : accessible depuis un smartphone ou un téléphone, il doit permettre aux patientes de retrouver leurs rendez-vous, leurs résultats d’examens et leurs traitements, tout en leur donnant accès à des informations destinées à mieux comprendre leur maladie et les étapes de leur prise en charge.
Pour autant, la technologie ne saurait se substituer à la relation avec les soignants. Pr Daoud souligne l’importance de préserver le contact humain, notamment pour écouter la patiente, répondre à ses inquiétudes et lui permettre de se sentir accompagnée. La qualité des soins repose aussi sur la capacité à expliquer, rassurer et prendre en compte le vécu de chacune.
L’accompagnement associatif, un maillon essentiel du parcours
Au-delà des soins médicaux, les difficultés sociales et matérielles peuvent compliquer le parcours des patientes, en particulier lorsqu’elles résident loin des établissements spécialisés. Les déplacements répétés pour une chimiothérapie ou une radiothérapie représentent une contrainte importante, à laquelle s’ajoutent parfois les frais de séjour et les difficultés d’hébergement.
Face à ces besoins, les associations contribuent à compléter la prise en charge médicale par des actions de dépistage, de sensibilisation et de soutien aux patients.
Créée en 1995 à Sfax, l’association Dar Al Amal a notamment développé un centre d’hébergement destiné aux patients devant séjourner à proximité de leur établissement de soins. Depuis 2001, environ 7 500 patientes y ont été accueillis, pour une moyenne d’environ 13 nuitées chacune. Cette initiative apporte une réponse concrète aux difficultés rencontrées par les patients venant de régions éloignées, notamment lorsque leurs ressources sont limitées.
Dar El Amal mène aussi des actions de dépistage précoce du cancer du sein et d’accompagnement des femmes. Son programme de dépistage gratuit couvre neuf délégations du gouvernorat et cible en priorité les femmes âgées de 45 ans et plus, tout en restant ouvert aux autres femmes souhaitant bénéficier d’un rendez-vous.
Grâce à son propre matériel, l’association assure des consultations de dépistage et de suivi, en complément de ses actions de sensibilisation. Selon ses estimations, près de 50 % des cas dépistés dans son périmètre d’intervention passent par ses services. Son expérience illustre la contribution que peuvent apporter les structures associatives pour rapprocher les actions de prévention des populations et faciliter l’accès au dépistage.
Un parcours plus lisible et plus humain
Les échanges de cette première édition des Roche Health Dialogue Series ont mis en évidence la complémentarité des leviers nécessaires à une meilleure prise en charge du cancer du sein en Tunisie : prévention, dépistage précoce, accès à l’expertise médicale, coordination multidisciplinaire et accompagnement social.
Si les innovations numériques peuvent contribuer à réduire les délais et les inégalités d’accès à certaines expertises, leur efficacité dépend de leur intégration dans une organisation cohérente, attentive aux besoins des patientes. Les professionnels de santé et les associations ont ainsi un rôle complémentaire à jouer pour faciliter les démarches, soutenir les femmes et limiter les obstacles qui jalonnent leur parcours.
Améliorer le parcours du cancer du sein, c’est agir à chaque étape, du dépistage à la prise en charge thérapeutique, sans négliger les dimensions humaines et sociales. L’objectif est de permettre à chaque patiente d’accéder aux soins adaptés, dans des délais appropriés, tout en bénéficiant d’une information fiable et d’un accompagnement respectueux de sa situation.