La production locale de vaccins anti-Covid est sérieusement envisagée au Maroc

02/07/2021   Actualités   1435   med.tn

La production locale de vaccins anti-Covid est sérieusement envisagée au Maroc

Le Maroc ambitionne d'installer une industrie de fabrication de vaccins. Selon les milieux médicaux, un projet porté par les pouvoirs publics est en cours de préparation dans la plus grande discrétion. En parallèle, des intérêts privés mettent les bouchées doubles pour faire aboutir leurs projets.

La menace du coronavirus ne disparaîtra pas de sitôt dans le monde. Nous devrons vivre avec cette menace, avec les vaccins actuels et à venir, sauf si par miracle, il y a découverte d’un traitement. Mais même si traitement il y a, la menace d’une nouvelle affection contagieuse et dangereuse persistera.

Les perspectives à court et moyen termes, l’incertitude générale, montrent à quel point la santé est un domaine qui relève de la souveraineté d’un pays. Le Maroc n’a pas le choix, il doit devenir autonome, pour garantir une disponibilité de vaccins, et ceci, pas uniquement pour le coronavirus, mais pour tous les vaccins, ainsi que les sérums.

Selon nos différentes sources, cette réflexion s’est imposée. Le Maroc aura dans un laps de temps aussi court que possible, ses propres capacités de production. C’est une course contre la montre, car il faut sélectionner un partenaire technologique, puis installer les unités de production. Selon des sources sûres, il existe au moins un projet privé. Il est également fort probable que l’État lancera son propre projet.

Plusieurs pays du continent ont fait des annonces en fanfare d’un prochain démarrage de leurs unités de fabrication, à l’instar de l’Egypte, l’Afrique du sud ou même l’Algérie. Au Maroc, c’est le silence.

Le ministère de la santé qui, en cours de l’année 2020, expliquait à qui voulait l’entendre l’ambition marocaine dans la production de vaccins, a complètement fermé les vannes de la communication sur ce dossier.

« On ne parle pas, on fait », nous répond une source gouvernementale, ne voulant pas s’exprimer sur le sujet même quand on tente de la titiller par les annonces des autres pays.

Néanmoins, dans les milieux médicaux et industriels, les échos se font de plus en plus nombreux sur l’avancement marocain dans ce domaine, avec non pas un projet mais fort probablement deux ou plus.

En plus d’un projet porté par l’État, des opérateurs privés se sont lancés dans la course. Ils sont au moins deux, peut-être trois, à vouloir investir cette industrie.

Les prérequis techniques sont tous réunis pour que le Maroc se lance dans l’aventure. « Plusieurs initiatives existent et existaient bien avant la crise du Covid. Nous fabriquons déjà et développons nous-mêmes des vaccins pour usage vétérinaires sur place depuis des années. Notre pays est capable de fabriquer des vaccins », commente une source qui connaît bien les coulisses de l’industrie pharmaceutique.

Voici ce que l’on sait des initiatives marocaines.

Une plateforme de production à Tanger Tech

Une source des milieux professionnels nous confirme que l’ambition n’est pas à moyen terme, mais immédiate: entamer la production au cours de 2021, probablement avant la fin de l’année. En tous les cas, aussi vite que possible.

Mais la vision va au-delà de la nécessité de produire des vaccins anti-covid. L’idée est d’être capable de fabriquer des vaccins pour le marché local et continental.

Les hypothèses sont les suivantes:

< D >un côté, le partenariat de transfert de technologie et de compétence avec Sinopharm. La plateforme sera située à Tanger Tech, comme nous l’expliquait le ministre en octobre 2020 et le réitérait dans une interview accordée à Sputnik un mois plus tard.

Lors de cette sortie médiatique, ATK a déclaré que le « Maroc ambitionne de devenir un producteur de vaccins en tous genres avec une plateforme de production vaccinale de haute technologie dans la ville technologique Mohammed VI de Tanger. Cette usine va permettre de développer des vaccins «made in Morocco» et d’assurer l’autosuffisance du pays, tout en approvisionnant le continent africain et nos voisins maghrébins ».

« En parallèle, nous sommes en train de travailler dur pour élargir la production à l’Institut Pasteur de Casablanca, qui peut être aussi une plateforme dans le cadre de partenariats public-privé », ajoute-t-il, tout en relativisant ces annonces. « Ces projets vont prendre quelques mois pour voir le jour, mais il se peut qu’en fin d’année prochaine, on commence déjà la production de nos vaccins. »

« Tous ces développements entrent dans le contexte de l’accord stratégique multifactoriel, politique et étatique du Maroc avec le laboratoire chinois Sinopharm qui stipule un transfert de technologie et d’expertise dans ce sens », a-t-il dit.

Le premier jalon de cette plateforme a, peut-être bel et bien, été mis en place. Comme l’a révélé notre confrère le Desk en mars dernier, Bank Of Africa, Attijariwafa Bank et Groupe Banque populaire ont créé une nouvelle structure « MoroccoSino Pharma » dotée d’un capital de départ de 10 millions de dirhams.

Institut Pasteur, l’ambition passée ravivée

 Le deuxième axe de la stratégie de l’Etat repose sur l’Institut Pasteur. Le ministère de la santé veut aussi le positionner sur le segment de la production du vaccin.

Lors du Conseil d’Administration de l’Institut Pasteur, tenu début 2021, le projet de création d’une unité industrielle pour la production des vaccins et des produits biologiques (sérums) a été examiné.

La mise en place de cette unité industrielle permettra de répondre à la demande nationale en matière de vaccins pour lutter contre les maladies infectieuses et les intoxications résultant des morsures des serpents et des scorpions et renforcera de même le positionnement du Maroc parmi les pays producteurs de produits biologiques, conformément aux recommandations de l’OMS, expliquait le communiqué publié à l’occasion. 

Cela dit, une source informée nous explique que ce projet n’est pas nouveau. « C’est un projet qui est là depuis des années. En 2019, l’Institut Pasteur (IPM) travaillait sur la création d’une unité de production de vaccins et sérums dans le cadre d’un partenariat public/privé ».

« En arrivant au ministère, Anas Doukkali a trouvé le projet sur la table et a encouragé sa concrétisation, mais c’était sans compter sur la loi sur le PPP. La complexité de la loi a freiné, voire entravé l’avancement du projet », nous confie notre source.

Malgré les difficultés, l’IPM a travaillé sur un avant-projet qui a été soumis au ministère des finances pour validation dans le cadre de la procédure du partenariat public-privé. « Une fois ce projet pré-validé, un appel à partenariat international a été lancé par l’IPM. Depuis je ne connais pas le sort réservé à cette procédure », nous confie notre source. Contacté par nos soins, le directeur de l’Institut Pasteur est resté injoignable.

« Il est difficile de faire aboutir ce genre de projet avec une procédure aussi complexe pour des projets de cette nature », commente ce connaisseur des arcanes du ministère.

« Mais, en ce temps, le projet visait essentiellement la fabrication des sérums antiscorpioniques et antivenins plutôt que les vaccins. Le Maroc importe l’essentiel de ces sérums du Mexique. Il cherchait donc à fabriquer ses propres sérums sur la base des espèces connues localement pour en améliorer l’efficacité. La fabrication de vaccins était aussi un objectif, mais secondaire », nous confie notre source.

Depuis, la pandémie est passée par là et a bouleversé les priorités.

Les opérateurs privés dans les starting blocks

Nos sources assurent que les entreprises pharmaceutiques marocaines sont également aux aguets pour la production de vaccins. Mais elles ne sont pas nombreuses à avoir les capacités de le faire.

Par production, il s’agit plutôt des opérations de répartition du produit et de son conditionnement. Dans le jargon pharmaceutique, c’est le processus du « fill & finish ». Le laboratoire se procure le produit déjà prêt et se charge de sa mise en flacon (ou seringue pré-remplie, selon le conditionnement choisi) tout en assurant les phases de contrôle.

Selon nos informations, trois laboratoires marocains peuvent ou prétendent le faire.

Il s’agit de Sothema, Galenica et Pharma 5.

Le laboratoire Sothema, dirigé par Lamia Tazi, a été l’un des signataires de la convention avec Sinopharm. Ce qui, à l’époque, lui a valu des titres de presse désignant son laboratoire comme celui qui fabriquera le vaccin chinois au Maroc.

Mais Lamia Tazi a été catégorique lors d’une question posée par Médias24 en octobre 2020. « Nous n’avons pas eu de discussion avec Sinopharm sur le volet de fabrication locale », nous-a-t-elle affirmé.

Dans le cadre de cette convention, Sothema a signé pour être le promoteur de l’étude clinique. « Nous accompagnons le ministère de la Santé dans la mise en place de l’essai clinique et sa réalisation », nous expliquait-elle.

Mais cela ne veut pas dire que Sothema ne nourrit pas d’ambition dans ce domaine, loin de là.  Le nom du Laboratoire est pratiquement le premier à être cité par nos sources lorsqu’on parle de la volonté des opérateurs privés à se lancer dans la fabrication des vaccins.

Début 2019, Sothema a inauguré l’extension de son usine à Bouskoura à travers la mise en place de trois nouvelles unités. Une unité de production des produits anticancéreux biosimilaires, une unité de fabrication de sérums et une centrale de biomasse pour produire de l’énergie verte.

Naturellement, c’est l’unité de production des anticancéreux qui a concentré l’intérêt. « L’unité de production de sérums est passée, à l’époque, au second plan, mais c’est celle qui permet à Sothema d’être en pôle position, moyennant quelques ajustements, pour produire les vaccins ».

« Après avoir visité ces installations flambant neuves, Anas Douakkali poussait le laboratoire à répondre à l’appel à partenariat lancé par l’Institut Pasteur », confie une de nos sources.

Galenica planche sur un projet avec un partenaire russe

De son côté, le Laboratoire Galenica appartenant à Abdelghani El Guermaï avance, de son côté, sur un projet d’unité de production de vaccins.

Selon nos informations, Galenica s’est adressé au ministère de l’industrie pour présenter son projet et bénéficier de l’appui et l’accompagnement du département de MHE.

Il pourrait intégrer le projet au programme d’import-substitution porté par le ministre de l’industrie.

Notre source nous précise que Galenica dispose d’un partenaire russe. Il s’agit du fonds d’investissement russe et du centre Gamaleya. D’ailleurs, Abdelghani El Guermaï a en effet annoncé en novembre 2020 la conclusion d’une conventions de partenariat avec un partenaire russe.

Or, Galenica n’est pas le seul à revendiquer un partenariat russe. C’est aussi le cas du laboratoire Pharma 5 dirigé par Myriam Lahlou-Filali.

Mais au-delà de la concurrence entre les deux laboratoires, Pharma 5 dispose également des capacités pour se lancer dans la course à la fabrication du vaccin.  Myriam Lahlou-Filali s’est exprimée sur la volonté et la capacité de son laboratoire à fabriquer des vaccins à notre confrère les Eco.

« C’est en effet l’un des rares laboratoires marocains à maîtriser la technologie de l’injectable stérile qui est le préalable indispensable à la production de vaccins, tant sur le plan des installations existantes que sur celui des compétences en matière de fabrication et de contrôle qualité », a-t-elle déclaré.

Et d’ajouter, « Pharma 5 dispose déjà de trois unités d’injectables stériles de dernière génération et maîtrise cette technologie depuis près de 15 ans tant sur le plan de la production que sur celui du contrôle qualité des produits. L’une de ces trois unités pourrait être, dans un avenir proche, entièrement dédiée à la fabrication des vaccins, avec une capacité de production annuelle d’au moins 50 millions de doses, moyennant un investissement substantiel en équipements complémentaires et un transfert de technologie tout à fait à notre portée ».

Le Maroc, un marché trop petit ?

Toutes ces ambitions, publiques ou privées, peuvent se heurter à une réalité dure, celle du marché.  « Le Marché marocain est trop petit pour permettre d’installer une branche de production de vaccins compétitive », commente Ali Sedrati, président de FMIIP.

« Le Maroc a toujours acheté ses vaccins, à travers l’Unicef qui fait des achats pour 150 pays dans le monde. L’Unicef passe donc des commandes énormes à de grands fabricants mondiaux. Pensez-vous que pour une production destinée au Maroc et même pour l’Afrique pourrait être compétitive par rapport au prix d’achat du Maroc auprès de l’Unicef ? », s’interroge Sedrati.

« Si c’était économiquement viable, pensez-vous que les investisseurs ne l’auraient pas déjà fait ? », poursuit notre interlocuteur.

Se lancer dans un tel périple n’est pas sans risques. Les experts s’accordent à dire qu’il faut des préalables de marché avant de lancer une filière de production de vaccins, notamment une préférence nationale, une assurance que le marché public sera redirigé vers les nationaux.

« Je me rappelle d’un investisseur, acteur dans la production de vaccins vétérinaires, qui s’est adressé au ministère de la santé avant la crise sanitaire pour proposer un projet de production de vaccin humains. Il était prêt à faire tous les investissements nécessaires, à condition que le ministère lui promette d’acheter sa production », se rappelle une de nos sources. Mais le ministère n’a pas donné suite à sa demande.

Cette question restera centrale pour les opérateurs privés qui ont besoin de sécuriser un marché pour leur investissement. Mais à quel prix ?

De l’autre côté, en investissant ce segment, le secteur public le fait pour assurer la sécurité sanitaire du pays, quoi qu’il en coûte. Car la souveraineté peut avoir un coût mais n’a pas de prix.

Serait-il envisagé de consolider toutes ces initiatives autour un projet national commun ? Pour une source qui connaît bien le domaine, « tout est possible. Il suffit que tout le monde joue un jeu collectif pour le bien de notre pays ».

Source: medias24


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